Séries de photographies
La série raisonnée Löyly (2007-2012) rassemble des photographies de toutes sortes : portraits, paysages, animaux, natures mortes.
En finnois, le terme désigne à la fois un type particulier de vapeur produit dans les saunas lorsque de l’eau est jetée sur des pierres chaudes, mais également, le souffle, le spectre, le fantôme. Aussi, ce travail porte essentiellement sur la question de la traversée, du passage, de la « hantise », de la transition, particulièrement appliquée au corps : d’un état à un autre, d’un âge à un autre, d’un genre à un autre.
#Passage #Sfumato #Tribu #Traversée #Genre #Journal
Depuis l’enfance, Smith photographie compulsivement ses proches, les lieux traversés, les animaux rencontrés, les arbres admirés.
En 2009, c’est lors d’un voyage en Finlande, à la suite de l’expérience de la nuit polaire (kaamos) et des saunas finnois, que débute la série raisonnée Löyly.
Löyly désigne la grande quantité de vapeur humide résultant de la transformation immédiate de l’eau en gaz dans les saunas. A l’origine, ce mot signifie « esprit », souffle, âme ou fantôme.
Réunissant des photographies de toute sorte (portraits, paysages, animaux, natures mortes) capturées depuis l’adolescence, cette série compose le portrait d’une famille imaginaire que l’on qualifierait aujourd’hui de non-binaire, impossible à assigner à un genre, à une origine, à une géographie, à une culture.
À cette époque (2000-2012), il n’existait que peu de représentations de ces corps, sinon caricaturales, et essentiellement issues d’artistes n’étant pas eux-mêmes concernés.
Aussi, la grammaire visuelle de Löyly est mélancolique, vaporeuse, trouble.
Portraits et paysages sont liés par un effet de sfumato, c’est-à-dire de contours atténués, comme flous. Les couleurs, diffuses et diaphanes, semblent contenues par des voiles. Dès lors, la mélancolie des portraits trouve un écho esthétique dans les paysages et natures mortes qui entrent en conversation avec eux, entourés des particules suspendues du löyly finlandais.
Travail autobiographique sans aucun autoportrait, une image hante l’autre : l’infini du paysage et le “fini” du corps ; la confrontation de constructions imposantes et de bâtiments en lambeaux. Dans ces séries, les paysages viennent toujours dire quelque chose des corps qui sont montrés autour, traversés par eux - ou inversement.
Texts
Shows
- 2026 : « Ici grand ouvert » exposition de SMITH, MAC VAL, Vitry-sur-Seine (France)
- 2024 : Parcours Art et Patrimoine en Perche, La cour Bellême, Le Champ des impossibles.05 "Générations" (France)
- 2023 : Corps à corps, histoire(s) de la photographie, Centre Pompidou (France)
- 2022 : Human Terms, Galerie C, Neuchâtel (Suisse)
- 2022 : Les Vagamondes, Partie I, La Filature, Scène Nationale, Mulhouse (France)
- 2017 : Exposition TRAUM de SMITH, La chambre d’écho, Agora, Cité Internationale de la Danse à Montpellier Occitanie (France)
- 2014 : Entre (deux) fantômes, Pavillon Vendôme, Clichy (France)
- 2014 : La Femme d’à côté, Galerie Les Filles du Calvaire, Paris (France)
- 2014 : Löyly, The Museum of Photography, Helsinki (Finlande)
- 2013 : Caochangdi Spring Festival, Beijing (Chine)
- 2013 : Rendez-vous Photographique - Portrait(s), Esplanade du lac d’Allier - Vichy (France)
- 2011 : Jamais le même fleuve, Maison d’art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne (France)
- 2012 : Hear us marching up slowly, Rencontres Internationales de la Photographie, Arles (France)
- 2012 : c19 h28 02(agnès) - Hear us marching up slowly, Galerie Les Filles du Calvaire, Paris (France)
- 2011 : Löyly, 4e Festival Photo Phnom Penh 2011, Institut français, Phnom Penh (Cambodge)
- 2011 : Le Château d’eau, Toulouse (France)
- 2009 : How to disappear completely and never be found, Galerie Van der Stegen, Paris (France)
- 2009 : Löyly, AnnexOne Gallery Dask, Copenhague (Danemark)
ŒUVRES
Loon
Série de photographies, 2007
Loon est une petite ville triste du nord de la France, en bordure de la mer du Nord, qui évoque quelque chose de la solitude et de la folie, et que l’on peut considérer comme un emblème de la mélancolie, au moment où SMITH visite l’exposition “Mélancolie : génie et folie en Occident”, organisée par Jean Clair au Grand Palais (2005). Egalement inspiré par Les Rêveries du promeneur solitaire, SMITH propose une promenade photographie travers une ville fantomatique et des paysages noyés sous la brume : la terre aride du Nord, pierreuse et sablonneuse, piquetée de bosquets couchés sous le souffle du vent froid. Les identités aussi se dissolvent : les personnages, souvent couchés, peinent à émerger de l’ombre, esquissent des silhouettes indéterminées dans l’obscurité des crépuscules ou des aubes timides
Dominique Baqué, Extrait de Hospitalités mouvantes, 2013
Spree
Série de photographies, 2008
Spree est d’abord le nom d’une rivière qui traverse l’Allemagne. Voyageur, Smith se rend à Berlin, comme tant d’autres artistes aujourd’hui. Il y retrouve les échos des Romances sans paroles, le goût si singulier de la fadeur, et tente de capter l’évaporation des choses et des êtres. Dès lors, la pâleur, le blanc assourdi et le bleu grisé inspirent sa colorimétrie.
Extrait de Hospitalités mouvantes, Dominique Baqué, 2013
Löyly
Série de photographies, 2009
Départ pour la Finlande. Nuits sans fin, jours à peine esquissés, perte des horaires et des repères, dépression ? Smith, pour la première fois, échoue à photographier. Les images se refusent, la neige étouffe tout désir, la Finlande, hostile, menace de se refermer sur lui. Mais voici que peu avant son retour, déjouant in fine l’échec annoncé, Smith rencontre quelqu’un. Puis d’autres, d’autres encore, et le processus photographique se remet en marche.
Ce sera Löyly, terme finnois qui désigne très exactement la fumée exhalée par l’eau glaciale versée sur les pierres brûlantes, passant ainsi de l’état liquide à l’état gazeux. Mais le terme désigne également les fantômes, ce qui est comme l’amorce du questionnement à venir…
Ainsi Smith associe le trouble physiquement ressenti lors de l’évaporation au trouble identitaire au sens large : Ces images se présentent comme un ensemble de correspondances entres des paysages indéterminés, aux impressions post-nucléaires, et des portraits de personnes transgenres, aux regards énigmatiques et aux corps illisibles, venant nonchalamment (se) glisser dans leurs sillages.Extrait de Hospitalités mouvantes, Dominique Baqué, 2013
Sub Limis
Série de photographies, 2010
Sub Limis est une série dont l’étymologie latine, sub limen, limen évoque le linteau et la traverse, mais connote aussi, phonétiquement la notion burkienne et kantienne de sublimité.
Toujours la même palette chromatique, entre le gris laiteux et le blanc évanescent. Un “être” que l’on pourrait qualifier, plus que les autres, de warholien : inassignable, chevelure platine jusqu’à la blancheur, yeux smoky, piercings, carnation du visage et du torse rose très pâle, contrepoint à un androgyne métissé, crête de cheveux d’or, immenses yeux d’azur soulignés de fard turquoise contrastant avec la peau ambrée, tatouage abstrait courant sur l’épaule et le bras droit, affrontant l’objectif de son regard magnétique, alors même que la plupart des autres dorment, entre le possible sommeil de l’enfant et l’abandon à une mort prochaine.Extrait de Hospitalités mouvantes, Dominique Baqué, 2013
Hear us marching up slowly
Série de photographies, 2012
An autobiographical journey about self-design and empowerment
La photographie est ce « fantôme qui revient toujours », parallèlement à son travail multimédia, Smith poursuit une grande série photographique Hear us marching up slowly. Un déplacement s’y opère : plus qu’ailleurs, dans les postures, dans la « presque fin » du processus de transformation, se met en place quelque chose comme une lutte. Les corps s’avèrent moins fragiles, moins passifs, plus déterminés.
Les bras sont souvent croisés, les visages plus froncés, le regard plus direct. Le jeune homme qui se piquait à la testostérone dans C19H2802 (Agnès) fait retour, mais il est vêtu d’un pantalon de camouflage militaire, visage rebelle. C’est ainsi qu’advient la figure du soldat, prêt à mener sa guerre, sa guerre contre les normes et les contrôles, tandis que le photographe capte des sculptures de pierre, lourdes et massives, hommage, vraisemblablement, aux soldats morts au combat, et des vestiges de bâtiments guerriers, dont il assument qu’ils le fascinent, comme ce bunker de la Seconde Guerre mondiale tombé d’une falaise en Normandie. Ailleurs, un jeune homme porte la mitraillette en bandoulière : l’offensive serait-elle prête ?Extrait de Hospitalités mouvantes, Dominique Baqué, 2013
LÖYLY
Filigranes Éditions, 2013
Livre avec 125 photographies en couleur et noir et blanc
Avec la contribution de Dominique Baqué
Classique : 40 €
Livre relié couverture cartonnée - 192 pages - EAN : 9782350462967
– Commander
Édition spéciale #1 : 400 €
limité à trente exemplaires, accompagnés d’un tirage original numéroté et signé, au format de 18 x 24 cm
– Commander
Smith par Christine Ollier
André Frère Editions, Association “Ce qu’il nous reste à voir” - Marseille, 2017
Rencontre et entretien avec Christine Ollier.
« SMITH est artiste « depuis son plus jeune âge », comme l’énonce si justement cette expression. Nous nous sommes rencontré(e)s peu de temps après son diplôme de l’Ecole nationale de photographie d’Arles. C’était son deuxième diplôme, pas le dernier. Il y avait déjà eu Hypocagne, puis un Master en Philosophie, et il y aurait celui du Fresnoy les années suivantes. C’est d’ailleurs au cours de ces dernières que SMITH fit son entrée à la galerie Les filles du calvaire, dont j’ai été la DA pendant plus de vingt ans.
Je découvrais SMITH lors d’une exposition personnelle qui mettait en évidence une approche sensible de son entourage. Les portraits et les paysages de divers formats, associés dans l’accrochage offraient une délicate ouverture sur un monde jeune et fragile d’êtres humains en devenir de leur genre et de leur identité. C’était personnellement la première fois que je faisais face à un travail aussi juste, porté par une véritable complicité, tout en étant associé à une mise à distance.
Ce sujet est habituellement traité avec provocation et une relative démesure, comme si ce « milieu » ne pouvait vivre que dans une atmosphère brutale et uniquement selon un mode protestataire. Chez SMITH c’était tout le contraire. Du coup, le message passait selon un mode humaniste et le geste devenait poétique. J’ai adoré cela. Sans doute, il y avait-il correspondance avec mon propre cheminement.
Ce soir-là nous discutâmes longtemps derrières les étagères. SMITH était incroyablement timide et pourtant si présent(e) lors de ce discret face à face. J’eus une tendre attirance intellectuelle pour cette jeune et fragile personne dont le cerveau semblait tourner à cent à l’heure. Cet(te) artiste capte ce qu’il/elle voit à travers son prisme de vie, sans jugement ni hiérarchie, juste sa propre distance au réel - parfois avec beaucoup d’innocence.






